13.10.2010

 LES FEMMES PLUS EXPOSEES AUX ATTEINTES A LA SANTE AU TRAVAIL

Le Conseil économique, social et environnemental vient de publier un rapport relatif à la santé des femmes en France. Alors que de nombreuses questions se posent actuellement sur la pénibilité et la retraite pour les femmes, le rapport met en évidence une exposition plus fréquente aux atteintes à la santé au travail pour les femmes. Il propose plusieurs pistes d'action.
 
Selon le rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE), près d'une femme sur trois est exposée à des tensions au travail alors que c'est le cas pour à peine un homme sur cinq. Et ce sont les catégories les moins favorisées  (ouvriers et employés) qui sont le plus touchées.

Les femmes, plus touchées par les TMS
Malgré des données épidémiologiques encore faibles, le CESE souligne que les femmes sont davantage concernées par les  troubles musculo-squelettiques (TMS) au sein de la population salariée. L'enquête Sumer* montre que 58 % des troubles musculo-squelettiques déclarés touchent les femmes avec un risque d'exposition (notamment dans l'industrie agroalimentaire, la grande distribution et les services aux personnes) de 22 % supérieur à celui des hommes.
En cause notamment, les postes de travail qu'elles occupent de façon préférentielle, qui sont par exemple dans l'assemblage et dans l'emballage, des activités qui impliquent rapidité, précision, mouvements répétitifs et position assise prolongée. Le travail de bureau n'est pas exempt de ce type de pathologie indique le CESE. "Ainsi, le travail sur écran pendant au moins six heures d'affilée favorise les troubles des membres supérieurs et dès quatre heures, ceux-ci sont plus marqués chez les femmes".

Une violence au travail différente
A côté des troubles physiques, s'ajoutent des perturbations psychologiques. Selon le rapport du CESE, les femmes sont plus exposées et plus vulnérables à la violence en milieu de travail et par le travail. Il relève que si les hommes sont davantage  victimes d'agressions le plus souvent physiques notamment de la part de collègues, les femmes sont plus souvent confrontées à  du harcèlement moral et/ou sexuel de la part de leur hiérarchie ou des menaces ou intimidations de la part de la clientèle ou  des tiers.
S'agissant du travail au contact du public, une femme sur quatre, contre un homme sur dix, déclarent avoir été victimes d'une agression physique ou verbale (les plus nombreuses) dans les douze mois précédant l'enquête. Les professions féminines les  plus touchées sont celles de la santé et du travail social, ainsi que les métiers d'accueil.
Le CESE ajoute que la violence dans l'organisation du travail est également répandue dans de nombreux emplois féminins(surcharge, cadence rapide, manque de formation, changements imprévus d'horaires...).

Un problème d'information...mais aussi politique
Parallèlement au manque d'évalutation des conséquences à long terme sur l'état de santé lié à des conditions de travail défavorables et à la quasi-absence des fiches d'expositions aux risques professionnels pourtant obligatoires, le CESE relève que certains risques encourus par les femmes sont "invisibles". Reprenant l'analyse de spécialistes, il explique que "sous un même intitulé de catégorie socioprofessionnelle, les tâches à effectuer et l'organisation du travail sont différentes pour les hommes et pour les femmes et donc les conditions de travail et les risques professionnels qui en découlent".
Dans un ouvrage intitulé La santé des femmes en Europe : des inégalités non reconnues, Laurent Vogel, chargé de recherches au  Bureau technique syndical européen pour la santé et la sécurité (BTS), indique par exemple que la France est le seul pays de l'Union européenne qui ne donne pas d'informations sur la répartition des accidents et des maladies professionnelles selon le  sexe.
Selon le CESE, "l'impact des facteurs de risques au travail sur la santé des femmes conserve ainsi à bien des égards un  caractère d'invisibilité entraînant méconnaissance ou sous-estimation et donc faible prise en compte".
Un des exemples les plus révélateurs est celui du cancer du sein. Laurent Vogel estime en particulier que « les études sur le rôle des facteurs professionnels dans les cancers du sein - le cancer qui affecte le plus grand nombre de femmes - restent rares et de nombreuses hypothèses mériteraient d'être vérifiées ».

Des analyses différentes selon le genre
Parmi les recommandations du CESE, figure le développement des études permettant une analyse différenciée du travail des hommes et des femmes et de leurs effets sur leur état de santé. Ces études pourraient dans un premier temps cibler les secteurs où elles sont particulièrement représentées : commerce, entretien et nettoyage, services à la personne.
Les enquêtes « Conditions de travail » réalisées par la DARES et la Direction générale du travail devraient prendre davantage en compte le genre tant au niveau de l'élaboration des questionnaires afin de mieux apprécier l'environnement et la situation des femmes au travail qu'au niveau de l'exploitation et de la publication des résultats qui devraient être systématiquement sexués. Le CESE ajoute d'autre part qu'il est important d'évaluer plus précisément les facteurs de risques auxquels sont exposés de nombreuses femmes (travail de précision très répétitif, nécessitant des efforts de dextérité et de concentration largement minimisés, postures contraignantes, manque d'autonomie, manipulation de produits chimiques nocifs...).
Le CESE recommande également d'approfondir les recherches sur les risques induits par le travail de nuit qui a sensiblement augmenté pour les femmes et plus précisément sur l'influence du travail de nuit de longue durée sur l'aggravation du risque de survenue d'un certain nombre de pathologies.

De meilleurs indicateurs
S'agissant des TMS, le CESE suggère que soit pris en compte le genre dans la définition des normes ergonomiques, les outils et modes opératoires pour de nombreuses tâches étant standardisés par référence à « l'homme moyen ».
De plus, afin de veiller au respect de l'élaboration des fiches d'exposition aux risques professionnels, le CESE estime nécessaire de soutenir les différents intitiatives telles que la mise en place d'outils expérimentaux permettant aux intéressés eux-mêmes de répertorier les situations à risques pour la santé tout au long du parcours professionnel. Ces Intitiatives sont particulièrement pertinentes pour améliorer la prévention, notamment dans certains secteurs où les femmes sont surreprésentées.
La délégation aux droits des Femmes et à l'égalité des chances entre hommes et femmes préconise également de veiller à ce  que les indicateurs sur les conditions de travail qui doivent figurer dans le rapport de situation comparée ou dans le document unique d'évaluation des risques, incluent l'exposition aux risques et à la pénibilité et prennent en compte le genre en matière de santé au travail.

Une meilleure gestion de la parentalité dans les entreprises
Pour faire face aux difficultés des femmes dans la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, le CESE préconise que toutes les entreprises s'engagent pour une meilleure gestion de la parentalité en s'inspirant des actions mises en oeuvre par celles qui ont signé la Charte de la parentalité en entreprise afin de mieux répondre aux attentes de leurs salariés parents femmes et hommes. Parmi ces actions figurent notamment le développement de modes d'organisation du travail adaptés, tels l'interdiction de réunions avant 9 heures et après 18 heures, ou la possibilité de moduler sa carrière en fonction des sollicitations familiales, sans conséquence sur le déroulement du parcours professionnel.

Prendre en charge les violences au travail
Pour la délégation aux droits des Femmes et à l'égalité des chances entre hommes et femmes, l'accord interprofessionnel sur la prévention du harcèlement et des violences faites au travail doit être valorisé et décliné le plus largement possible dans les entreprises et les fonctions publiques. Rappelons que cet accord, destiné à transposer l'accord européen du 15 décembre 2006 a été signé par l'ensemble des partenaires sociaux le 26 mars 2010. Il comprend un chapitre consacré à la prise en charge spécifique des violences faites aux femmes.

* Enquête SUMER (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) dont les résultats de la dernière étude
(2003) sont en cours d'actualisation

 
Rapport du CSE en pièce jointe

Source : ActuEL-HSE – Editions Législatives

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